Comment le digital peut rapprocher les millenials et les seniors

Comment favoriser une bonne cohabitation entre les différentes générations de collaborateurs n’est pas une question neuve, mais il semble qu’elle se pose de façon plus aigüe aujourd’hui. Ainsi, entre les millenials et les seniors, le décalage ne serait pas seulement lié à l’âge, mais aussi à un rapport différent au digital : les premiers seraient hyperconnectés, les seconds hermétiques au numérique. Et si, loin de ces clichés, le digital pouvait au contraire les rapprocher et contribuer au développement d’une culture d’entreprise commune et puissante ?

Les seniors, une source de performance sous-exploitée

Le maintien des seniors dans l’organisation est souvent vécu comme un problème au sein des entreprises, même si celles-ci affichent des discours contraires. Les seniors sont-ils donc moins performants ? Si la réponse est souvent « oui » dans le monde du sport professionnel, aucune étude n’a jamais prouvé ce soit le cas en entreprise !

D’abord parce que la motivation n’est pas une question d’âge. Avoir 50 ans ou plus ne fait baisser ni l’engagement, ni l’envie d’être utile à travers son travail. Les seniors sont aussi motivés que les autres salariés, du moins s’ils bénéficient de la même considération et des mêmes conditions de travail qu’eux en termes d’accès à la formation professionnelle, de respect des managers ou d’intérêt des missions confiées.

Ensuite, parce que les seniors disposent d’atouts que n’ont pas d’autres catégories de salariés :

  • Des compétences opérationnelles pénuriques

Entre la transformation profonde de certains métiers et les départs en retraites massifs des baby-boomers (entre 2014 et 2020, 8 millions de Français auront pris leur retraite), les seniors détiennent certaines compétences devenues rares pour les entreprises, par exemple dans le domaine de la relation client.

  • Une expertise née de l’expérience

Quels que soient les diplômes d’un salarié, une expérience longue et riche est toujours profitable : c’est à travers l’expérience que les compétences se développent et s’affinent, et qu’on peut développer une expertise.

  • Certaines soft skills recherchées

Au fil de leur parcours professionnel, les seniors ont déjà été appelés à gérer des situations imprévues, à anticiper les difficultés, à désamorcer des crises. Ils ont ainsi pu développer une capacité à prendre de la distance, à résoudre pragmatiquement les problèmes.

Malgré ces points forts, le contexte d’innovation technologique perpétuelle pousse les organisations à recruter des personnes dotées de diplômes récents dans les domaines jugés stratégiques. Le digital étant à la fois au cœur du business et du fonctionnement des organisations, on veut idéalement des millenials, ces « digital natives » réputés adopter instinctivement les méthodes de travail agiles et collaboratives actuelles.

Sujet crucial, le digital crée-t-il un fossé infranchissable entre les seniors de votre entreprise et les nouvelles générations ?

Avec le reverse mentoring, créez du lien entre générations via le digital

Contrairement à une idée reçue, les seniors sont des usagers aguerris des nouvelles technologies dans la sphère privée, par exemple pour effectuer des achats en ligne ou utiliser certains réseaux sociaux.

S’ils donnent l’impression d’être moins à l’aise dans le cadre professionnel, c’est parce que le digital change aussi les rapports entre collègues, la relation avec la hiérarchie, et jusqu’à la façon d’appréhender le travail lui-même. Rompre avec des habitudes anciennes dans ces domaines est difficile. Dès lors, on comprend que des formations effectuées solitairement sur des plateformes ne peuvent répondre que partiellement aux difficultés des seniors vis-à-vis du digital. C’est là qu’intervient le reverse mentoring.

Véritable outil de rapprochement des générations, le reverse mentoring propose d’assurer la formation de seniors par des juniors. C’est le moyen de faire entrer les salariés les plus anciens dans la logique de partage des connaissances propre à la culture digitale. Les millenials et la génération Z deviennent ainsi les mentors des baby-boomers, ce qui constitue un changement de paradigme : transmettre le savoir n’est plus une question d’ancienneté, mais de compétence sur un domaine précis.

De nombreux groupes, comme Axa qui fut l’un des pionniers en mettant en place un programme de reverse mentoring dès 2014, ont adopté cette pratique dont elles retirent de nombreux bénéfices :

  • Tirer un meilleur parti des compétences des salariés seniors

Certaines connaissances des seniors ne sont ni utilisées, ni partagées : une formation au digital, notamment aux outils collaboratifs utilisés par l’entreprise, va combler cette lacune.

  • Lever les freins techniques qui gênent certains cadres dirigeants

Les cadres dirigeants (le plus souvent seniors par la force des choses) doivent être au fait des derniers usages digitaux et innovations pour ne pas être déconnectés du terrain et bien appréhender les nouveaux enjeux.

  • Améliorer les relations intergénérationnelles et renforcer la culture d’entreprise

La démarche suscite des échanges lors desquels chacun cherche à mieux comprendre l’autre. On se met à parler le même langage, ce qui facilite les contacts au sein de l’entreprise. Les échanges intergénérations se multiplient au-delà des seuls temps de formation.

  • Former les seniors au digital de façon plus attractive et motivante

Les seniors ne se retrouvent pas seuls pour « se mettre à niveau » : ils sont en face à face, non pas avec un formateur, mais avec un collègue plus jeune qui souhaite partager ses connaissances avec eux, de la façon la plus opérationnelle possible. La proximité est plus grande et les réponses aux questions instantanées.

  • Responsabiliser les millenials (voire la génération Z)

Assurer la formation d’une autre personne est gratifiant et permet de gagner en maturité. De plus, un senior fera profiter son jeune mentor de ses propres connaissances durant la formation, lui permettant ainsi de mieux comprendre l’activité et ses mécanismes.

Pour fonctionner efficacement, le reverse mentoring nécessite de bien sélectionner les mentors et de les former préalablement à leur nouveau rôle. Il peut alors devenir le support d’une vraie culture d’entreprise intergénérationnelle, ce qui est l’un des grands défis du monde du travail de demain. Une culture où le digital, parfois accusé de déshumaniser l’entreprise, permet à la fois de créer de la performance et du lien entre les personnes.