Livre : The Joy of Work de Bruce Daisley (Twitter), ou sifflez en travaillant !

Le bonheur au travail est à la portée de tous : c’est, en résumé, ce que nous dit Bruce Daisley dans The Joy of Work, ou « la joie de travailler », ouvrage au titre provocateur dont les ventes s’envolent outre-Manche. Pour Daisley, nous avons toutes les cartes en main pour rendre notre travail, celui de nos équipes et celui de nos collègues plus agréable et plus épanouissant. L’auteur nous propose 30 recettes ultra-concrètes pour y parvenir, études scientifiques à l’appui. Un livre à la fois plaisant à lire, inspirant et concret.

Le propos : cessons de parler de bonheur au travail, créons-le !

À l’heure où l’on ne cesse de parler d’épanouissement au travail et de QVT (qualité de vie au travail), le Britannique Bruce Daisley jette un pavé de 320 pages dans la mare avec The Joy of Work, paru en 2019.

Chargé de hautes responsabilités chez Twitter, dont il est le bouillonnant vice-président EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique), Daisley développe un point de vue iconoclaste. Sa thèse ? Les meilleurs lieux de travail ne sont « pas nécessairement la création d’un leader visionnaire ». Souvent, les endroits où il fait bon travailler « semblent prospérer malgré leurs patrons »…

Chacun de nous peut ainsi, demain, prendre des initiatives qui amélioreront sa satisfaction au travail et celle de ses collègues. Bruce Daisley nous livre 30 techniques pour nous y aider, en détaillant à chaque fois les études scientifiques sur lesquelles il s’appuie.

Recharger les batteries

L’auteur part d’un constat : à l’ère de l’hyperconnectivité, le travail est devenu de plus en plus stressant. Résultat : « on assiste à une épidémie mondiale de burn-out ». Non seulement le bonheur au travail décline, mais la productivité en souffre. Pour répondre à ce défi, les neurosciences et la psychologie sont convoquées à la barre : le cerveau a un mode d’emploi, il faut le respecter !

Plusieurs propositions visent à remédier aux dérives de l’open space, autrefois jugé idéal pour favoriser la créativité. Bruce Daisley emprunte ainsi à un autre excellent ouvrage, Deep Work de Cal Newport, sa technique du « matin monacal » : deux fois par semaine, par exemple, offrez-vous une matinée de travail en isolation. Le « travail profond », celui qui permet d’accomplir des tâches complexes et de réaliser de vraies avancées, requiert une concentration sans faille. En revanche, lorsqu’il s’agit de stimuler sa créativité, de multiplier les idées nouvelles, il est plus intéressant de créer des ruptures – entre plusieurs tâches, ou entre deux environnements. Il y a un temps pour tout.

Travailler moins mais mieux, couper ses notifications, dormir 8 heures par nuit, organiser régulièrement un « sabbat digital » sans connexion… Ces propositions simples en apparence sont l’occasion d’en apprendre plus sur la façon dont fonctionne notre cerveau, et sur les pratiques à adopter pour optimiser notre productivité et notre satisfaction au travail.

Se synchroniser

Une fois maîtrisé ce fonctionnement, vient la deuxième étape : travailler ensemble. Bruce Daisley ne croit pas beaucoup à la culture d’entreprise. Il défend plutôt la notion de culture d’équipe : c’est à celle-ci, bien plus qu’à l’entreprise, que les individus s’identifient.

Mais comment obtenir le fameux « engagement » que tous les managers recherchent ? Au-delà des facteurs déjà connus – autonomie, maîtrise, sens – l’auteur promeut le « sync », la synchronisation. C’est l’état dans lequel nous nous trouvons quand nous travaillons au sein d’une équipe où chacun se connaît, se reconnaît et se complète ; une équipe à laquelle nous nous sentons appartenir.

Comment générer cette synchronisation ? En amenant les gens à se parler dans des contextes informels, en bougeant la machine à café de place (ou plutôt la bouilloire, l’auteur est anglais !), en allongeant la table du déjeuner pour inclure tout le monde, en créant des pauses café collectives à heures fixes… Tout en réduisant le temps passé en réunions formelles.

Ce sont des idées souvent connues, mais Bruce Daisley les appuie sur de nombreuses études. On pense notamment à une expérience en big data utilisant des badges connectés distribués à un grand nombre de salariés et démontrant que 40% de la productivité des secteurs étudiés (banques et centres d’appel) s’explique par les relations informelles entre collaborateurs !

Faire le « buzz »

Vient alors le temps de passer la troisième : mettre l’équipe en état de « buzz », que l’auteur définit comme résultant d’une combinaison d’attitude positive (bienveillance) et de sécurité psychologique (se sentir responsable et soutenu pas son équipe/sa hiérarchie). Les 10 propositions de cette dernière partie visent à instaurer l’ambiance confiante et dynamique propice au « buzz ». Là encore, il s’agit de pratiques simples mais solidement étayées : admettre ses erreurs, se concentrer sur les problèmes et non sur les personnes, favoriser la diversité…

Parmi les nombreux exemples cités, mentionnons celui de Jeff Bezos : « Nous ne faisons pas de présentations Powerpoint chez Amazon. Nous écrivons des mémos narrativement structurés de 6 pages. Avec des vraies phrases, des verbes, des noms – pas juste des bullet points ». Ces mémos sont lus par tous en silence au début des réunions, au besoin pendant 30 minutes. Après on en discute. Le « show » formel et superficiel du Powerpoint est ainsi remplacé par une discussion sur le fond. C’est le sens de toute cette partie : recentrer l’attention de chacun sur les problèmes à résoudre, et se détourner des jeux de pouvoir et d’apparence.

Au bout du compte : The joy of work, a joy of reading

Difficile, voire impossible, de résumer en un post la richesse foisonnante de cet ouvrage. La plume alerte de Bruce Daisley nous entraîne d’expérience scientifique en statistiques bluffantes, au fil de propositions simples et concrètes qui nous apparaissent sous un nouveau jour. Le tout avec un humour British imparable. À lire et à partager !