Plus de 50% des métiers vont être profondément transformés : DRH, êtes vous prêt ?

La transformation des métiers et des compétences à venir est un enjeu crucial pour les entreprises, qui doivent s’y préparer. Les lignes semblent bouger puisque, selon le 4e Observatoire des Trajectoires Professionnelles, un actif sur trois a réalisé une transition professionnelle en 2018, contre un quart les années précédentes. Pourtant, en examinant de près les résultats de l’enquête, il n’y a pas de réelle prise de conscience sur la nécessité de se former. Un sujet qu’il vous revient à vous, DRH, de préempter.

Une prise de conscience trop faible sur la transformation des métiers

Publié par le Groupe Adecco en coordination avec LHH Altedia et le Groupe IGS, le 4e Observatoire des Trajectoires Professionnelles (OTP), présenté à Paris le 11 juin 2019, s’est intéressé aux actifs face à la transformation des métiers et des compétences à venir.

L’année 2018 est celle de deux records : d’une part, celui du taux d’activité le plus élevé depuis 1975, s’expliquant par un maintien plus élevé des séniors dans l’emploi et une reprise du marché de l’emploi ; de l’autre, celui d’une augmentation significative des transitions professionnelles, avec 1 actif sur 3 dans ce cas !

Dans le détail, ces transitions concernent près de 80% des 18-26 ans (contre moins de 50% les années précédentes) et autant les hommes que les femmes, alors que ces dernières étaient jusque-là majoritaires.

Pour interpréter cette hausse, on peut invoquer la  sécurisation des parcours professionnels des actifs en poste qui préparent leur avenir, et les mouvements à plus court terme liés à une reprise du marché de l’emploi. Mais l’enquête montre qu’elle ne traduit pas à une vraie prise de conscience de l’impact, sur les métiers, des transformations technologiques.

Ainsi, seuls 16 % des CSP les moins qualifiés et des actifs de 40 ans et plus réalisent les impacts de ces transformations. Plus globalement, l’OTP livre un chiffre éloquent : « 80 % des actifs estiment aujourd’hui que les nouvelles technologies ne vont pas impacter leur activité professionnelle […] ou uniquement à la marge ». Cela explique sans doute pourquoi la formation professionnelle n’est perçue comme un moyen de se préparer à un futur métier que par 17 % des actifs ! En effet, pour la majorité des répondants, la formation sert d’abord à acquérir de nouvelles compétences (73 %) et à mieux maîtriser son activité professionnelle actuelle (46%).

En tant que DRH, l’évolution de votre fonction vous place aujourd’hui à la tête de la transformation digitale et en amont de toutes les transformations de l’entreprise. Également responsable de la gestion des carrières, vous êtes doublement légitime pour préparer vos collaborateurs aux impacts des évolutions à venir sur leur métier !

Guerre des talents, ou bataille des compétences ?

La pénurie de talents est aujourd’hui palpable dans de nombreux secteurs. Pour y remédier, les organisations doivent intégrer l’idée que la guerre des talents ne peut se gagner uniquement par le recrutement ni par un travail de fond (certes indispensable) sur la marque employeur. De fait, ne peut-on plutôt regarder la guerre des talents comme une « bataille des compétences », induisant aussi l’enjeu de la montée en compétences des collaborateurs ?

Publiée fin août 2017 par France Stratégie, l’étude « Renforcer la capacité des entreprises à recruter » déplaçait ainsi le curseur non plus sur les défauts de formation des actifs, mais sur la difficulté des employeurs à anticiper et à identifier leurs besoins à moyen terme en compétences, et à déterminer la capacité des candidats. L’étude, qui incitait les entreprises à référencer leurs besoins en compétences présents et futurs, soulignait aussi que moins de 15 % des entreprises font de la gestion de compétences.

Pour vous, DRH, l’un des premiers enjeux est ainsi de parvenir à cartographier précisément les compétences présentes dans votre organisation, mais aussi à identifier celles qui vous manquent pour réaliser les missions d’aujourd’hui et de demain. Il vous faut aussi, sur cette base, accompagner vos collaborateurs pour maintenir leur employabilité.

Et le 4e OTP montre combien cet accompagnement est nécessaire. Malgré une forte appétence pour l’accès à la formation, la méconnaissance et le manque d’appropriation des différents dispositifs perdurent. Si 31% des actifs ont ouvert leur Compte personnel de formation (CPF) en ligne en 2018, (7,2% ayant bénéficié d’une formation dans ce cadre), 1 sur 4 ignore toujours, comme en 2017, ce qu’est le CPF ! On relève aussi que moins de la moitié des actifs (42%) a accédé à une formation en 2018 (3 fois sur 4 sur le temps de travail).

Les résultats du 4e OTP indiquent également que près de la moitié des actifs ignore encore vers qui se tourner pour les aider à orienter leur carrière, que 60% estiment ne pas être suffisamment informés sur les métiers et secteurs porteurs d’emploi, et qu’ils sont moins de 7% à savoir ce qu’est le Conseil en évolution professionnelle (CEP) et comment il fonctionne.

À l’heure où il est largement admis que plus de 50% des métiers vont être profondément transformés dans les dix ans à venir, principalement du fait de l’évolution des technologies, le besoin d’accompagnement et d’orientation s’avère ainsi particulièrement élevé chez les actifs. Bien que 35% d’entre eux aient bénéficié d’un entretien professionnel en 2018 (80% de ces bénéficiaires en ont été satisfaits), la méconnaissance de dispositifs comme le CEP et le CPF doit inciter la fonction RH à élargir la prise de conscience de tous les collaborateurs sur l’inévitable transformation de leurs compétences et le rôle décisif de la formation.